CURZON (C.)


CURZON (C.)
CURZON (C.)

Clifford CURZON 1907-1982

Estimé de tous ses pairs, sir Clifford Curzon n’a jamais connu la notoriété correspondant à son talent. Ceux qui l’ont approché le considéraient toutefois comme le plus grand pianiste mozartien de son époque, et tous ses biographes soulignent que l’adjectif «mozartien» était même superflu. La consécration internationale, peut-être ne l’a-t-il jamais recherchée, ni même souhaitée, car elle semblait incompatible avec sa démarche artistique, faite de réflexion, de sincérité et d’humilité.

Né à Londres le 18 mai 1907, il est le neveu d’un musicien alors très en vogue, le compositeur Albert Ketèlbey, l’auteur de Sur un marché persan . Il étudie à l’Académie royale de musique de Londres avec Charles Reddie et Katharine Goodson à partir de 1919 et, dès 1923, il donne son premier concert dans le cadre des fameux Promenade Concerts , au Queen’s Hall, sous la direction de sir Henry Wood. Il travaille ensuite avec Tobias Matthay, le fondateur de l’école anglaise de piano, qui a compté entre autres élèves dame Myra Hess et Harriet Cohen. En 1926, Curzon commence à enseigner à l’Académie royale de musique mais, deux ans plus tard, il quitte l’Angleterre pour approfondir son art auprès d’Artur Schnabel à Berlin (1928-1930), de Wanda Landowska et de Nadia Boulanger à Paris (1930-1932). Il épouse, en 1931, la claveciniste américaine Lucille Wallace. De retour à Londres, il abandonne ses fonctions à l’Académie royale de musique pour se consacrer exclusivement au concert. Il reviendra par la suite à l’enseignement, mais de façon éphémère. Sa carrière prend son véritable essor dans les années qui précèdent la guerre, notamment avec sa première tournée aux États-Unis en 1939. Mais il s’impose souvent des périodes sabbatiques qui, si elles lui permettent de mûrir son art, nuisent au développement de sa renommée. Il donne relativement peu de concerts, choisit un répertoire d’où sont exclues les démonstrations de virtuosité et se consacre largement à la musique de chambre: en 1952, il forme un quatuor avec Joseph Szigeti, William Primrose et Pierre Fournier. Puis il apparaît aux côtés du Quatuor de Budapest, de l’Octuor de Vienne, de l’Amadeus Quartet ou de Yehudi Menuhin. En 1970, il est nommé docteur honoris causa en musique à l’université de Leeds et, en 1973, docteur en littérature de l’université du Sussex. Il est anobli en 1977. Il meurt à Londres le 1er septembre 1982.

Bien que formé à l’école des plus grands maîtres, Curzon n’en demeure pas moins un autodidacte. Son approche artistique — comme son enseignement — était profondément humaniste; elle reposait sur une conception globale de la musique, refusant d’isoler l’œuvre de son ensemble, essentiellement la production de son auteur et les caractéristiques générales de l’époque. Il lui semblait ainsi impossible de jouer l’une des trente-deux sonates de Beethoven sans connaître les trente et une autres. Son tempérament le guidait naturellement vers un répertoire où le goût musical primait la virtuosité: la musique de chambre, Mozart et Schubert. De ses rares intrusions dans le domaine de la musique contemporaine, on retiendra la Sonate pour piano de Lennox Berkeley (1946) et le 2e Concerto pour piano d’Alan Rawsthorne (1951), deux partitions écrites à son intention, qu’il a créées.

Son constant besoin de renouvellement lui a permis de forger des interprétations très différentes selon les époques de sa vie: pour les rares œuvres qu’il a enregistrées plusieurs fois, la comparaison est éloquente. Cette introspection permanente l’a amené à analyser son propre jeu avec une rare lucidité.

Le disque l’effrayait, et c’est pourquoi il n’a réalisé que trop peu d’enregistrements, donnant par là une idée partielle de son talent et de son répertoire. Quant à l’homme, sa générosité était légendaire. Lorsqu’il se consacrait à l’enseignement, il s’y livrait avec une ardeur telle qu’il ne pouvait plus donner de concerts pendant plusieurs semaines, le temps de se reprendre. Après la mort de la cantatrice Maria Cebotari et de son mari Gustav Diesel, en 1954, il avait adopté leurs deux enfants.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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